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dimanche 8 juin 2008

Arnys au bonheur des hommes

Écrit par Bertrand Gauthey, rédaction de Newzy, le 10-10-2007



Pas d’effets de manches mais des vêtements personnels, inspirés des codes et détails d’autrefois, à la réalisation irréprochable.

Existe-t-il un look rive gauche ? Y a-t-il un autre choix que le complet-veston ? Parce que l’ennui du classique, c’est de ressembler à tout le monde.

À cette question existentielle, une maison germanopratine apporte une solution pleine d’allure, et qui ne fait pas un pli. Arnys ne proclame pas de manifeste, mais offre une élégance originale et décalée. Face à l’hôtel Lutetia, cette boutique propose, dans un intérieur spacieux et aéré, des vêtements hors du temps. L’élégant, pas le gandin qui n’y verra que dalle, appréciera les manchettes, les cols incrustés de velours côtelé, les boutons d’uniforme démilitarisés. Arnys c’est aussi des tailles hautes et cintrées, des gilets bordés et des revers aux couleurs inattendues, des boutonnières cousues main et passepoilées, des rabats de poche en biais, doublure en soie naturelle matelassée… Voilà quelques règles de grammaire de la maison. Mais d’où vient ce style si particulier ? Qui œuvre en coulisses ?

« C’est le client qui fait le couturier… La culture, l’élégance de nos clients nous ont enrichis », accorde humblement Michel Grimbert, président de Arnys et un des petits-fils, avec Jean, du créateur Jankel Grimbert, en 1933. « Cocteau, client de la maison, retournait toujours les manches de ses vestes. Cela nous a inspirés. Ou Yves Saint Laurent qui osait dans ses collections l’association du rouge, du orange, du violet… »

Conjuguer intelligemment le passé antérieur au présent

Le talent des frères Jean et Michel est aussi de réinterpréter un certain style français. « Le goût anglais dominait, il fallait trouver une image française. Pour nous, c’était la dernière moitié du 18e siècle. Des vêtements utilitaires, venant de la paysannerie, des artisans, des corporations, dont on transcende les codes. » Les musées, la peinture, le 7e art sont sources d’inspiration : déjà le logo, un certain Mr. Andrews, du tableau de Thomas Gainsborough, Mr. et Mrs. Andrews. Et si Silvana Mangano, « mondine » en short et bas noirs dans une rizière, retient sans doute leur attention d’homme, en tailleurs, ils remarqueront plutôt Raf Vallone portant le pantalon des planteurs de riz de la plaine du Pô, dans les années 20. Taille haute, patte arrière, porté ceinture fermée sur le ventre ou pans rabattus pour plus de confort. Ce sera le pantalon Riz Amer du film éponyme. La Règle du jeu de Renoir inspire pour la large veste Dalio, de l’époque où on s’habillait suivant sa classe mais toujours classe, avant que les jeans abouliques dissimulent en vain l’écart toujours croissant des classes. Un pantalon de charpentier, une veste de garde-chasse (La Forestière, signature de la maison depuis 1947) : encore de la réinterprétation de vêtements utilitaires. Les frères Grimbert conjuguent intelligemment le passé antérieur au présent.

Un catalogue où les belles plumes évoquent leur passion arnysienne

Surrané le style Arnys ? « 1,5 à 2 % de la population nous suffisent, poursuit M. Grimbert. Les personnes qui portent du Arnys sont des gens impliqués dans le monde d’aujourd’hui. » Comprenez des architectes, des écrivains, du politique et du banquier quand même, des philosophes, du beau monde qui déambule de la brasserie Lipp aux maisons d’édition qui maillent l’arrondissement. Gide cite Arnys dans ses Carnets, Sartre, Picasso, Baldwin, Vian, Noiret, Hemingway le portaient, « Dieu » (Mitterrand) aussi… Mais les frères font toujours rimer inspiration et innovation.

Alors, quoi de neuf ? « Refaire de manière élégante des vêtements pour le golf, réfléchir sur un vêtement court ?… » Gageons qu’un tableau du 18e siècle ou la coquetterie d’un artiste baguenaudant dans les rayons retiennent leur attention. Déjà pour attirer les hommes à plumes, les frères Grimbert leur offrent la préface de leur catalogue, afin qu’ils couchent sur le papier leur passion arnysienne : Philippe Reinhard, Alain Etchegoyen, Serge Moati, Angelo Rinaldi… Ou Jean-Claude Carrière chutant sa préface de ce qui pourrait être un slogan (pas le genre de la maison) : « …Ce qui se trouve ailleurs est ici. Mais ce qui se trouve ici n’est nulle part ailleurs. »

Arnys. 14, rue de Sèvres. 7e arr. Paris.


Arnys : au bonheur des hommes
Newzy.fr - 26-03-2008

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