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samedi 5 juillet 2008

John Lobb met le luxe à ses pieds

Reportage publié sur le site internet du Point visible ici

La capitale de la chaussure

C'est en Grande-Bretagne, dans la ville de Northampton que se trouve la manufacture du bottier John Lobb. Reportage au coeur des ateliers, à la rencontre des "petites mains" qui fabriquent ces souliers à se damner.

Par Marine de La Horie

Au milieu du XIXe siècle, l'ex capitale de la chaussure comptait 400 bottiers. Aujourd'hui, il n'en reste plus que quatre à Northampton. Chaque année, 25 000 paires sortent des ateliers. Des oeuvres d'art réalisées par des artisans triés sur le volet qui se transmettent depuis des générations, un savoir-faire ancestral. Tout est fait sur place, de A à Z. Sauf le sur-mesure qui est réalisé dans les ateliers parisiens de la marque, rue du Faubourg-Saint-Antoine.


Des cuirs triés sur le volet

John Lobb n'utilise que du cuir pleine fleur, non poncé. Même la semelle est en cuir pleine fleur ! Le moindre défaut est traqué à la loupe. Les artisans peuvent ainsi jeter jusqu'à 50 % de la peau pour ne garder que la "crème de la crème du cuir". Les "clickers" sont des gros bras qui retournent le cuir dans tous les sens pour tester son élasticité et voir dans quel sens il s'usera le moins. Une paire de John Lobb ne doit pas faillir à sa réputation : solidité, élégance et confort.


Du luxe pour toutes les bourses

Il faut compter 800 euros pour une paire de John Lobb, en prêt-à-chausser. Selon Andrès Hernandez, figure emblématique de la maison depuis une vingtaine d'années : "Personne n'a besoin d'une paire de chaussures à 800 euros. En revanche, tout le monde rêve de porter des souliers faits main." Ainsi, chaque paire est rigoureusement fabriquée dans les règles de l'art et nécessite 190 opérations, au cours d'un processus très compliqué. Un service de sur-mesure, situé à Paris, répond aux exigences d'une centaine de clients. Même les plus farfelues, par exemple, insérer un objet fétiche dans le talon de la chaussure ou opter pour un cuir très exotique. Les heureux élus doivent débourser de 3 000 à 12 000 euros pour une paire en sur-mesure. Ce service comprend prise de mesure, essayage et livraison. John Lobb ne réalise que des chaussures d'homme, mais avec des modèles qui commencent au 32, clientèle asiatique oblige, la gent féminine peut aussi trouver chaussure à son pied.


Cinq jours pour assembler une seule paire !

La magie du geste, c'est que les artisans arrivent à transformer une pièce plate de cuir en une oeuvre d'art tridimensionnelle. L'idée est de coudre les pièces découpées et de les placer sur la forme qui correspond à la taille du pied. Après avoir été cousue main, la tige est ensuite clouée sur la forme. Alors on fixe la semelle, puis le talon. Entre chaque étape, on prend le temps que le cuir adopte sa forme définitive. Les temps de séchage sont interminables. Le procédé Goodyear est l'une des marques de fabrique de John Lobb. Il consiste en une bande de cuir, une trépointe cousue, qui fait le tour de la semelle. Il suffit de découdre ce trait d'union entre le dessus et le dessous de la chaussure pour pouvoir la démantibuler et la réparer facilement.


Le souci du détail

Pour certaines opérations de broderie sur le cuir, les artisans utilisent du crin de porc, car un fil traditionnel nécessiterait une aiguille avec un chas trop gros, qui risquerait d'endommager le cuir. Cette opération peut prendre de 2 à 5 heures. Aucun détail n'est laissé au hasard. Mais il faut aussi suivre le rythme, à raison d'une vingtaine de paires par jour.


Ultime étape : le cirage

Il est effectué par des professionnels. Le cuir reste brut, il n'est ni verni, ni recouvert de polish. Les cireurs apportent la touche finale : le glaçage. La fameuse patine ne doit se voir que sur le bout des chaussures.
John Lobb propose également à ses clients un service de cirage à domicile. Le bottier a même formé des majordomes de grands hôtels (dont le mythique Connaught à Londres, www.the-connaught.co.uk), pour qu'ils soient en mesure de cirer les chaussures de leurs clients selon la tradition John Lobb. Le comble du chic !


Une diversité inégalée

Avec quasiment 60 modèles au catalogue, John Lobb propose l'embarras du choix à ses clients. Deux fois par an, une nouvelle collection est lancée, avec de nouveaux styles. Le service "commandes spéciales" permet aux clients de demander un modèle qui était au catalogue il y a 10 ou 20 ans. Résultat, chaque modèle a moins de quatre ans d'existence. Depuis trois ans, John Lobb a dépoussiéré son image. Exit le "shoemaker" traditionnel, le bottier nouveau fait désormais appel aux dernières technologies, comme la découpe au laser.


L'ère de la renaissance

John Lobb a été racheté par le groupe Hermès en 1976. En 2005, Réna Dumas a entièrement repensé le design intérieur des vingt boutiques que compte John Lobb dans le monde.

Autrefois, pour porter une paire de John Lobb, il fallait souffrir pendant plus d'un mois pour "faire" ses chaussures. Aujourd'hui, le confort a été nettement amélioré.


La tradition de la Saint-Crépin

Le 25 octobre, c'est la Saint-Crépin, le patron de tous les bottiers. Tous les ans, depuis 1996, John Lobb réalise un modèle en l'honneur de ce saint Patron. Le millésime 2008, qui sortira cet automne, sera édité à mille exemplaires, dans différents coloris. Il sera numéroté et vendu pendant un an. Pas un jour de plus. Il n'y en aura pas pour tout le monde... Attention, collector en puissance !

www.johnlobb.com

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