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vendredi 4 avril 2008

Ils ont disparu...

Extrait du guide "Paris sur mesure" :

Monsieur Robert : la mesure d'une vie

C'est fini ! Monsieur et Madame Jean-Pierre Robert quittent le métier. Leurs fidèles clients, amoureux inconditionnels de la mesure, devront choisir entre Charvet, Hermès ou Smalto... plus chers, plus impersonnels. La simplicité chic et conviviale de cette maison Coton, reprise le 1er septembre 1960 par les époux Robert, manquera à tous. Une page d'un Paris où le client était roi se tourne. Dans sa boutique-atelier rez-de-chaussée fond de cour, nichée à l'ombre des Galeries Lafayette, Monsieur Robert chemisait tout le gratin : hommes politiques, artistes ou businessmen. Entre les deux sublimes tables de drapiers, les vitrines dans lesquelles étaient soigneusement pliés les tissus précieux. Les clients s'asseyaient sur un large fauteuil de velours pourpre, dissertaient sur l'époque, avant de commander une douzaine de chemises aux coupes impeccables. Derrière son établi, Monsieur Robert coupait les poignets, les cols et les épaulettes à la "cornette", un couteau rond plus précis qu'une paire de ciseaux et dont bien peu possédaient l'usage à Paris, une des mille raison de son succès. Plus loin dans l'atelier, dans une grande panière, les chutes de tissu : voile, popeline, laine, tergal (toujours du double retord pour que ça dure) et enfin, bien sûr, entassés, rangés par ordre alphabétique, les patrons et les bons de commande des clients. Chemises de scène en satin à grand col de Michel Sardou, smoking de Tino Rossi, chemises cravates de Gérard Lenormand, chemises de Guy Marchand pour la série Nestor Burma, chemises du roi Hussein, de Léopold Sédar Senghor...
Quand il se met à son compte, monsieur Robert n'a que 23 ans et la bataille pour se faire une réputation est rude. Formé chez Sulka, il s'impose par sa précision, son sérieux, sa politesse et son sens du service. Il fréquente alors le Crillon, le Ritz, le Prince de Galles, le George V, prend l'avion pour aller relever une commande d'un client, livre à l'ambassade du Sénégal. La belle vie. Aujourd'hui il constate, un rien nostalgique : "Il n'y a plus d'ouvrières, plus de blanchisseurs sur la place de Paris, il doit rester une brodeuse ; l'artisanat ne rapporte plus. Où est l'époque où l'on commandait de la soie 20 momées, la meilleure ?" Puriste, sage, témoin de son temps et détenteur d'un vrai savoir faire, au Japon, Monsieur Robert serait classé trésor vivant.
Alors guettez les apparitions probables sur les médias de cet homme aux souvenirs si précieux.

Monsieur Robert, une personne avec laquelle j'aurais aimé discuter !

Si quelqu'un sait comment le contacter...

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je suis le fils de M. ROBERT Jean-Pierre. Je viens de découvrir ce bel article qui m'a très touché.
Si vous le désirez, vous pouvez me contacter à mon adresse mail (nadine-robert@club-internet.fr).

Très cordialement.
Sylvain Robert

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