Translate

Affichage des articles dont le libellé est REVUES DE PRESSE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est REVUES DE PRESSE. Afficher tous les articles

samedi 2 avril 2016

Le Dandy du Taudis



Chères lectrices, chers lecteurs, je tiens à vous faire part de ma participation à la première interview de Max, auteur du nouveau blog "Le Dandy du Taudis".

Vous pouvez la consulter ici :

http://ledandydutaudis.com/2016/03/20/entretien-1-chato-lufsen-un-elephant-chez-les-elegants/

Bonne lecture !


Chato Lufsen




Maison Chato Lufsen
.
Siège social :
115, rue Saint Dominique
75007 PARIS
.
Sur rendez-vous : paris@chatolufsen.com
.



- - -

mercredi 6 avril 2011

Brioni, la famille au complet

Article paru dans le magazine économique Suisse "BILAN", daté de septembre 2010. L'article original est également visible ici.





Par Cristina D'Agostino, le 29 septembre 2010 :

Une histoire sans faux pli, née d’une échoppe de tailleurs, que la troisième génération s’emploie à internationaliser et à globaliser. Une signature du sur-mesure, une ligne de vêtements de loisir comptant pour plus de 40% du CA, une incursion saluée par la profession dans le secteur de la parfumerie et l’embauche récente du talentueux styliste Alessandro Dell’Acqua pour la ligne femme. C’est cela Brioni. Visite d’une marque d’aujourd’hui où l’artisan a encore les faveurs du temps.


La scène du smoking dans le dernier James Bond est mythique. Siglé Brioni et calibré à la perfection, le costume sur-mesure plaque aux courbes de Daniel Craig aussi parfaitement que le regard de Vesper, implacable. Maître de la coupe et du cousu main, Brioni célèbre cette année ses 65 ans. Malgré passablement de ralentissements conjoncturels et une baisse de 40 millions d’euros de CA par rapport à l’exercice 2008, le groupe Brioni Roman Style Spa atteignait 153 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009 – et déjà plus de 80 millions à juin 2010 – avec un total de 1’800 collaborateurs. Une génération qui aujourd’hui ne ferait mentir la capacité entrepreneuriale des grands-parents, les premiers à avoir imposé des mannequins homme sur les podiums de mode italienne dans les années cinquante et à organiser des défilés sur les paquebots transatlantiques. Aujourd’hui, malgré la démission surprise le 06 juillet dernier d’Andrea Perrone, petit-fils du fondateur et encore récemment président et administrateur délégué du groupe pour des raisons personnelles, la marque est encore en mains familiales, sans aucun signe d’éventuelles cessions.

Retour sur une icone

1945. La dolce vita se fait attendre, mais la patrie de Fellini semble sur le point de connaître le miracle économique à l’italienne. Deux hommes, Gaetano Savini et Nazareno Fonticoli, en ont la ferme intuition et fondent, à Rome puis dans les Abruzzes, ce qui symbolisera encore 65 ans plus tard l’excellence de la haute couture masculine made in Italy. Un nom de marque manquait encore.

L’île Brioni située au large de la Croatie et renommée depuis l’époque de Tito pour son chic et son très ancien club de polo inspirera les deux hommes. Second choix payant, avoir su miser très tôt sur le marché américain. Car le tout Hollywood suivra. De Clarke Gable à John Wayne en passant par Tom Hanks et Daniel Craig, le monde du spectacle mais aussi des affaires et de la politique adoptera la marque. Un grand coup marketing avant l’heure. Alors qu’est-ce qui différencie fondamentalement Brioni de ses nombreux concurrents, tous aussi doués pour l’art du sur-mesure ? C’est à Penne, en cheminant le long des ateliers de la petite ville des Abruzzes que le secret se fait jour. Maîtres tailleurs et couturières pour beaucoup fidèles depuis 40 ans à la marque ou fraîchement sortis de l’école Brioni ont la ferme conviction que leurs gestes quotidiens, identiques depuis toujours, inscrits dans leurs gènes pour parfaire le beau, racontent une vérité plus large, universelle, scellée dans les 65’000 complets annuels qu’ils façonnent. Et une obsession. Celle du respect du client. Mais aussi la lucidité que tout en façonnant le sur-mesure, cette deuxième peau, ils sauvent la leur. Car, mis à part des milliers d’oliviers centenaires et autant d’hectares de terres qui séparent Penne de la capitale, il n’y a rien. C’est pourtant là que Nazareno Fonticoli, maître tailleur, a souhaité implanter les ateliers haute couture de la marque dans les années soixante, au grand dam de son associé, plus amène en affaire qu’en couture. Une folie? Il y a cinquante ans, la traversée des Apennins relevait certes davantage d’une transhumance pastorale que d’une route tracée pour la conquête industrielle.

Mais c’était le prix à payer pour conserver rigueur et savoir-faire, deux des nombreuses qualités qui distinguent toujours les artisans tailleurs des Abruzzes, une réputation qui remonterait même au Vème siècle avant notre ère. Depuis, une autoroute relie les deux points cardinaux de la marque. Un tracé si peu fréquenté que certains Japonais l’ont d’ailleurs baptisé l’autoroute Brioni. Car la puissance économique du groupe italien est palpable dans la région. Principal employeur des Abruzzes, la marque y compte plus de 1’200 artisans.

« Pas plus d’un mois d’attente pour du sur-mesure Brioni »

Aujourd’hui, Brioni continue sa marche vers ce qui fonde sa renommée : une production exclusivement artisanale, le refus du superflu et le service extrême à la clientèle. Antonella De Simone, petite fille de Nazareno Fonticoli et actionnaire de Brioni : « C’est avant tout un sentiment qu’il faut pouvoir ressentir sur sa peau. Mais c’est bien sûr un service qui peut comprendre le déplacement d’un artisantailleur à l’autre bout de la planète, réserver un restaurant et un hôtel pour un client en visite à Rome, réaliser un jean cinq poches sur-mesure – notre unité spéciale en réalise d’ailleurs plusieurs milliers par année – faire dessiner une chevalière à l’identique de boutons de manchettes achetés en boutique. Chez nous, une vente peut durer même une demi-journée. Le client doit se sentir à l’aise et attendre du vendeur un niveau d’expertise exceptionnel, à même de répondre sur le savoir-faire, l’histoire et la valeur Brioni. » Forte de 67 magasins à travers le monde en 2010, dont la moitié en franchise, et une dizaine d’ouvertures prévues prochainement rien qu’en Chine, la marque dédie toujours plus du tiers de sa production au sur-mesure, à savoir plus de 20’000 complets par année.

Une force qui a demandé la mise au point d’une méthode de production basée sur une subdivision extrême des étapes manufacturées, à la recherche d’une efficacité optimale du geste, sans jamais déroger à la tradition. Cette vision, inédite dans le « tailoring » haut de gamme, est l’oeuvre d’un homme, Gianfranco de Matteis, un fidèle de Brioni depuis 42 ans, et aujourd’hui directeur de production. Avec les années, ses observations l’on poussé à diviser la fabrication d’un costume en 220 étapes en moyenne et au total 440 mains pour le façonner. « Une seule prise de mesures, très complète, doit pouvoir suffire pour du sur-mesure Brioni et son délai de livraison ne pas dépasser plus d’un mois! Le client aujourd’hui ne veut plus associer le luxe à une notion d’attente» précise Angelo Petrucci, maître tailleur et l’un des brillants élèves sorti de la première promotion de l’école Nazareno Fonticoli, fondée il y a déjà 20 ans par Brioni pour former la relève et perpétuer le savoir- faire local. Même le tailoring anglais s’en inspire, fierté suprême d’Antonella de Simone, Directrice de la communication chez Brioni. « Depuis trois ans nous avons tissé des liens étroits avec le Royal College of Art de Londres. Les élèves viennent comprendre nos méthodes et apprendre notre savoir-faire. Nous attribuons même un Brioni Award au meilleur d’entre eux. Cette année c’est une femme et j’en suis particulièrement heureuse !


D’ailleurs, la fabrication d’un costume sur-mesure ne diffère presque en rien d’un costume Brioni en magasin. Dans sa façon, mais aussi dans son prix, plus cher d’environ 15 % seulement. Et c’est bien là que réside la particularité de la marque italienne. Les 65’000 vêtements annuels sont pratiquement tous calibrés en fonction des pays, de leurs tendances, de leur climat, de la morphologie type de chacun d’eux. En tout, plus de 3’000 modèles internationaux. Gianfranco de Matteis explique « Il faut paradoxalement 2 mois et demi pour un complet saisonnier, car la perte de temps est assez grande entre chaque étape. Nous pourrions gagner plus de 30% sur les coûts et le temps si l’habit était identique du matin au soir, mais les personnalisations sont si nombreuses sur un complet Brioni que ce gain est impossible ». Nombre de poches et de boutons, tissus, couleurs des coutures, ouvertures, tout peut être décidé en fonction de ses goûts. Au final, luxe suprême, le complet devra reposer, plusieurs jours, dans une salle aménagée à cet effet, pour que les structures du complet s’harmonisent entre elles et que les tissus, hors tension, restituent l’âme de l’habit. Vicuña, guanaco, cashmere, soie ou lin, leur toucher délicat est exceptionnel. A plus de 1’000 euros le mètre carré, leur qualité est garantie à vie. Et dans les caves des ateliers Brioni, des centaines de milliers de mètres de tissus sont conservés religieusement, et pour certains, d’un millésime de plus de 50 ans d’âge.

Brioni en chiffres
1,5 heure pour faire une poche de veste contre 2 minutes dans l’industrie
2,5 mois pour un complet classique en collection
3,5 m2 de tissus nécessaires par complet
4 semaines de délai pour un complet sur-mesure
19 groupes de travail
36 phases de contrôle
45 complets sur-mesure produits par jour
70 repassages par complet
83% des points main sont à l’intérieur d’un complet
153 millions d’euros de CA en 2009
180 complets classiques de collection produits par jour
186 étapes de travail pour un complet
250 étapes pour un smoking
440 mains pour la production d’un complet
1000 euros le m2 de tissu
14’000 points main pour un smoking
65’000 complets par année



Crédit photo:Brioni, Steve Nesius-Keystone / Dr

lundi 20 décembre 2010

Un artisan dans son quartier : Pas de place pour la demi-mesure !

Article paru dans "NOTRE 6EME", journal du 6ème arrondissement de Paris daté de décembre 2010. L'article original est également visible ici.



Cliquer sur l'image pour l'agrandir

-

vendredi 3 septembre 2010

Les secrets de la chemise sur mesure

Article paru dans l'Express ainsi que sur leur site le 25 juin 2010. L'article original est également visible ici.

Faite pour vous aller comme un gant, cette pièce du dressing masculin est un luxe, dont seuls quelques tailleurs assurent la pérennité. Enquête dans ces maisons de haute confection.

Se faire réaliser une chemise sur mesure est une expérience aussi délicieuse que douloureuse. Car, si en prêt-à-porter, on se contente de vous demander la taille de votre col et parfois, la longueur de vos bras, la même démarche en sur-mesure exige que vous passiez deux heures entre les mains d'un tailleur, qui toisera en détail plus d'une vingtaine de points de votre anatomie. Expérience qui aurait plutôt pour effet de persuader le premier Brad Pitt venu qu'il est en réalité plus proche de Quasimodo. "Nous n'y pouvons rien, explique, un brin fataliste, Jean Grimbert, directeur de la maison Arnys, l'homme parfait n'existe pas. Nous avons tous une épaule plus haute que l'autre, un bras imperceptiblement plus long, un cou un peu maigre ou son contraire, une façon de nous tenir plus ou moins voûté... et c'est bien pour compenser cette somme de petites anomalies que ceux qui ont un jour goûté aux joies de la chemise sur mesure ne peuvent ensuite plus s'en passer." Le monsieur sait de quoi il parle. Son père, Léon, était chemisier, son grand-père Jankel l'était aussi. A en croire Chatolufsen.blogspot.com, le blog spécialisé dans la chemise en "grande mesure", il serait l'un des sept spécialistes de l'objet en France, et il peut se targuer, en tout cas, d'avoir pris régulièrement, dans son magasin de Saint-Germain-des-Prés, les mesures de François Mitterrand, d'Yves Saint Laurent ou de François Fillon pour leur confectionner ses fameuses chemises.

Les boutonnières, un détail que les amateurs apprécient particulièrement

Le budget à prévoir pour l'une de ces beautés en coton, soie, lin ou cachemire? Pas moins de 550 euros. Un luxe pérenne, puisque le fabricant met de côté un peu de tissu dans votre coupon pour les réparations d'usure possible au col ou aux poignets, mais un sacré investissement quand même! Sans compter qu'il vous faudra patienter. Chez Arnys, une fois passé les deux heures de choix de tissus, de formes et de prises de mesure sous l'oeil expert de Michel Korn, tailleur affecté à la chemiserie, vous devrez revenir essayer la toile, qu'on réajustera encore sur votre corps, puis attendre deux semaines afin que les ateliers tourangeaux de la maison livrent enfin l'objet du délice. A quoi reconnaît-on une chemise sur mesure? "A la délicatesse du travail, répond Jean Grimbert. Le col, les rabats, les gorges de la manche, le roulottage des bords, l'ourlet à points serrés: tout est monté et cousu à la main. Il en va de même pour les boutonnières, un détail que les amateurs apprécient particulièrement, et que nos ouvrières tourangelles réalisent avec une telle précision que ce sont de vraies broderies!"

Un vestiaire d'initiés... jusqu'aux initiales

A propos de broderie, justement, celui qui consacre un tel budget à cette pièce de son vestiaire a coutume d'y faire broder ses initiales. Si les tailleurs français trouvent un peu "m'as-tu-vu" la coutume américaine de les apposer sur les manches, ils conseillent généralement de les placer à gauche, un peu au-dessous de la poitrine, à la hauteur du troisième bouton. Le summum du chic étant pour eux de les faire broder de façon presque incognito sur un pan de la chemise. Chez Smalto, qui possède également un atelier de chemises sur mesure (comptez 750 euros pour un modèle de ville et trois semaines de délai), on vous propose même, moyennant une rallonge de 80 euros, de vous broder emblème ou écusson là où vous le souhaitez. Il n'est toutefois pas certain que votre couronne de vicomte sera à sa meilleure place sur vos pectoraux... Chez Ralph Lauren, qui dispose, dans son nouveau magasin du boulevard Saint-Germain, d'un salon d'essayage pour réaliser des chemises en semi-mesure (fabrication italienne, sept semaines de délai, moins de choix dans les tissus ou les coupes, mais des tarifs à partir de 300 euros...), l'une des caractéristiques est de faire disparaître le logo du joueur de polo qui figure habituellement sur la poitrine.

D'autres maisons de luxe s'y mettent

Preuve de l'engouement pour cette pièce du vestiaire masculin, le tailleur Zilli, qui fête cette année ses 40 ans, vient d'inaugurer un service de chemise sur mesure dans trois de ses boutiques dans le monde: à Londres, à New York et à Paris. Elle a pour cela fait l'acquisition il y a quelques mois d'un atelier à Bergame, en Italie, où sont finalisées les commandes. Ici, le processus diffère un peu. Toutes les mensurations nécessaires sont prises sur le client, puis celui-ci est invité à endosser un modèle parmi les cinq "chemises témoins", plus ou moins sport, cintrées ou habillées, qui correspond à sa taille en prêt-à-porter. Ce n'est qu'ensuite que le tailleur se livre à un jeu d'aiguilles et de croquis, rajoutant un peu d'aisance à la poitrine, suggérant lequel des 9 cols ou des 13 formes de poignet conviendrait au mieux, allant jusqu'à prévoir un demi-centimètre en plus sur la manche de l'homme habitué aux montres volumineuses. Il faudra ensuite à ce dernier opter parmi plus de 300 coupons de tissu aux subtiles variations de tissage et de qualité. Pour quel coton craquer, par exemple? Du Giza 45 à très longue fibre, en provenance du delta du Nil, ou du Sea Island, au toucher incomparablement soyeux et venu en droite ligne des plantations de la Barbade ou de la Jamaïque. Sur la chemise enfin choisie, et dix jours après l'essayage, Zilli se fait fort de livrer son ouvrage. Le tarif des premiers modèles, aux jolis boutons de nacre australienne, est ici facturé 650 euros. Mais vous avez toujours la possibilité de faire remplacer la nacre par des boutons en or ou même en pierres précieuses... Surtout si vous avez gagné au Loto.


copyright © L'EXPRESS

-


lundi 24 mai 2010

lundi 19 avril 2010

Raymond MASSARO : le roi des chausseur

Article paru sur le site web de CigaleTV le 5 septembre 2009. L'article original est également visible ici.

Personne au monde, depuis un demi-siècle, ne peut, aux yeux des étoiles de la scène et de l'écran - et à leurs pieds - rivaliser en précision, en invention, en perfection avec Raymond MASSARO, fils et petit-fils de bottier.

Meilleur ouvrier de France et Maître d'Art, Monsieur MASSARO a choisi de passer la main à Philippe ATIENZA au terme d'une année d'étroite collaboration.
Une année pendant laquelle ils ont partagé les moments forts des collections, l'accueil de la clientèle particulière et renforcé une complicité nécessaire à la transition.

Philippe ATIENZA, meilleur ouvrier de France, à présent Directeur Général de la maison MASSARO, aura donc à cœur de perpétuer ce précieux héritage.

Raymond MASSARO : le roi des chausseur
MASSARO

2, rue de la Paix
75002 PARIS

01 42 61 00 29

-


jeudi 21 janvier 2010

Le bottier du prince Charles a rencontré ses clients «sur mesure»

Article paru dans le journal LA TRIBUNE DE GENEVE du 29 septembre 2009. Article original lisible également ici.

SOULIERS | En visite à Genève hier, le descendant du bottier anglais John Lobb a pris ses commandes.

copyright © L. Guiraud


Le chausseur William Lobb. «Je me déplace de ville en ville à travers le monde voir les clients, et sur rendez-vous. C’est inclus dans le service», explique-t-il.

CHRISTOPHE PONZIO | 29.09.2009 | 00:00

Une feuille de brouillon blanche posée sur une planche en bois, un mètre, un crayon, et le tour est joué. Ou presque. William Lobb, arrière-arrière petit-fils du célèbre bottier anglais John Lobb, était de passage hier à Genève, rue de la Tour-de-l’Ile, pour rencontrer ses clients. Sans dédicaces toutefois, même si la maison londonienne a chaussé certains Pulitzer ou Sinatra, et aujourd’hui encore la reine d’Angleterre et le prince Charles.

William Lobb s’est donc contenté de prendre une quinzaine de mesures, première étape du processus de fabrication à la main d’une paire de souliers d’exception. Il durera six mois.

Car concevoir des chaussures sur mesure n’est pas une mince affaire. «Je me déplace de ville en ville à travers le monde voir les clients, et sur rendez-vous, explique William Lobb. C’est inclus dans le service.»

Ils ne sont en effet plus qu’une poignée de bottiers à perpétuer la tradition, les autres s’étant tournés vers une production industrielle. Et les clients, aussi prestigieux soient-ils, ne courent pas les rues. Même à l’heure du déjeuner. Un seul rendez-vous était planifié à Genève. Gary Levy, le propriétaire de la boutique Brogue qui l’accueillait, avait donc envoyé quelques invitations.

Faire partie du club

Richelieu, Derby ou William – noms des principaux modèles – noirs ou bruns, et toujours en cuir, les escarpins Lobb sont tout sauf modernes. «Nous prenons soin des valeurs traditionnelles que la famille avait lors de la création de l’entreprise en 1849, explique William Lobb, 43 ans, qui a pris le flambeau depuis ses 18 ans. C’est cette continuité que les gens apprécient. Ils cherchent aussi à faire partie du club des célébrités qui portent nos chaussures.»

Une fois les mesures prises, William Lobb dessine la forme du pied pour qu’elle soit ensuite façonnée par l’artisan formier, toujours à la main, dans une bûche de charme blanc. C’est à partir de là que les différentes pièces de la chaussure seront assemblées pour créer le soulier, qui pourra repartir aux ateliers londoniens, une fois la livraison faite, pour des ajustements.

Plus de 4500 francs

A Genève, les clients sont peu nombreux, discrets et préfèrent souvent se rendre directement aux ateliers de Londres, où trente artisans travaillent. Hier, deux habitués ont finalement passé commande. L’un pour quatre paires, l’autre pour une.

Un sacré investissement, puisqu’il faut débourser plus de 4500 francs pour porter ces petits bijoux aux pieds! «C’est mythique, un peu comme une Rolls-Royce faite sur mesure, lâche Valentin Faleni, hôtelier de 34 ans, et client de la boutique. C’est dix fois plus qu’une belle paire en cuir standard!» Peu importe, puisque le célèbre bottier attend quatre clients demain. A Zurich cette fois-ci.

-


jeudi 28 mai 2009

Djay fait le point...

Article publié dans le magazine LE POINT n°26 de Mars Avril 2009 par Fabrice Léonard.

-


Paris - Djay ou l'art de tailler un costume

On pensait tout savoir en matière de sur-mesure. C'était sans compter sur une nouvelle boutique qui propose de créer ses propres tissus.

Par Fabrice Léonard



"À Paris, au coeur du quartier de la Madeleine apprécié des hommes d'affaires chic, vient de s'installer un nouveau maître tailleur. Un expert en élégance masculine qui sait allier tradition et audace. Et pour cause : Djay, d'origine mauricienne, a fait toutes ses armes dans cet univers.

Arrivé à Paris en 1986, il a passé avec succès le diplôme de l'Académie de Coupe avant de perfectionner son savoir-faire en travaillant pour de grandes maisons. Puis, un jour, l'envie de franchir le pas l'a gagné et il s'est installé à son compte. Objectif : pouvoir enfin laisser libre cours à sa créativité. De fait, dès qu'on entre dans sa boutique on a le sentiment d'être ailleurs, de sortir des sentiers battus du costume classique tout en en respectant les codes majeurs. Comme si le très stylé John Steed, smartissime héros de la série anglaise Chapeau melon et Bottes de cuir , allait apparaître et commander devant nous ses costumes, vestes, pantalons identifiables entre mille.

En vérité, Djay - qui ne jure que par la souplesse des coupes du tailleur romain Caraceni - propose un style assez pointu composé de lignes près du corps, de pantalons étroits serrés aux chevilles, de revers de vestes 5½, de doublures en satin de soie fleurie, de boutonnières dites "cabriolet" bicolores et de surpiqûres en fil de soie. Il revisite même certains modèles en les agrémentant, à la demande, d'une touche seventies ou en jouant sur leurs matières. Sa veste de yachtman à col officier mais revers doublé de cachemire en est la plus belle illustration.

On y va pour : ses tissus rares, tels des tweeds de plus de trente ans, des prince-de-galles datant des années 50 ou une étoffe mariant pashemina et vigogne. Son sens des détails raffinés, comme les initiales brodées dans la poche intérieure ou la manche de la veste, les poches réalisées sur demande destinées à recevoir un cigare ou un téléphone portable. Le nec plus ultra : sur commande et selon les désirs du client, Djay peut faire réaliser un tissu exclusif. De quoi tailler un costume plus qu'unique.

9, rue du Chevalier-de-Saint-Georges, Paris 8e. Tel: 01.45.61.99.02. À partir de 700 euros le pantalon et 3.500 euros le costume."


-


vendredi 24 avril 2009

Chapeaux Fleurelle

Article publié dans le bimestriel CIGALE n°26 de Mars Avril 2009.

Propos recueillis par Sabine CORVEC

Cliquez sur l'image pour l'agrandir !


Cliquez sur l'image pour l'agrandir !

-


lundi 20 avril 2009

De fils en aiguilles

Article publié dans le bimestriel EDGAR n°42 de Septembre Octobre 2007.

Propos recueillis par Jean-Pascal GROSSO

Photos de Thomas LAVELLE


Cliquez sur l'image pour l'agrandir !


Cliquez sur l'image pour l'agrandir !


Cliquez sur l'image pour l'agrandir !


Cliquez sur l'image pour l'agrandir !

-


mercredi 15 avril 2009

Florent ROINA la plume à la boutonière

Article extrait de la revue PIC-INTER numéro 296 et daté de Janvier - Février 2006



"Au coeur du Marais à Paris, l’atelier Roina attire le chaland. A la suite des stars, de la haute couture au show-biz, en passant par les créateurs, des dizaines de curieux battent chaque jour la semelle devant cette enseigne. Explication : ils viennent tous pour la boutonnière de Florent Roina.

La saison n’invite pas à la flânerie,mais dès l'ouverture, l’atelier Roina est déjà plein : Des femmes, des hommes, des adolescents, des touristes attirés par la renommée de cet artisan et intrigués par l'animation de l’endroit, incontournable dans ce quartier du Marais. «Beaucoup viennent pour une simple boutonnière, d’autres pour le cloutage d’une ceinture ou la pose de pressions pour faire de leur sac un objet unique. Ce n’est pas ce qu’on appelle la customisation ?»

Florent Roina, 30 ans, est le patron des lieux et représente la deuxième génération des boutonniéristes du quartier. «C’est mon père qui a débuté l’activité. Je suis aujourd’hui le seul sur toute la France». L'aventure a débuté en 1970 avec l'installation du père de Florent, Willy Akselrad, d'origine polonaise, venu rue Charlot pour ouvrir un atelier de boutonniériste dans ce haut lieu de la confection. Actuellement, un quartier en voie de «boboïsation». «Après des études de Math, j’ai repris l’atelier où je venais régulièrement pendant mes vacances scolaires. C’était en 1995, j’avais 20 ans. J’ai tout appris sur le tas». Et il faut, paraît-il, des années pour acquérir le doigté, maîtriser l’outil, assimiler les matières. «Deux ans pour devenir un bon professionnel et aucune école n’apprend cela».

LES BOUTONNIERES DES ROIS MAUDITS

Florent Roina voit son travail d'artisan plutôt comme celui d'un artiste. Son atelier reflète d'ailleurs cette vision : ça sent bon l’huile à lubrifier, les murs sont ornés de fils multicolores et de tableaux parés de dizaines de clous différents, tout y est sobre, mais fonctionnel, sans garniture inutile. Florent, penché sur une antique machine couleur pistache, explique en quelques mots son travail. «Il ne faut pas confondre ce métier avec le boutonnier. Il confectionne les boutons, tandis que moi je leur ouvre le passage en découpant les petites fentes sur les vêtements». Tout un art ! Florent ne se contente pas de découper, il pique, brode, cloue. «Faire une boutonnière dans les règles de l’art, c’est très difficile». Quand on sait que Florent Roina a réalisé toutes les boutonnières des costumes pour la série «Les Rois Maudits», on imagine la tâche. À notre époque où tout le monde se préoccupe de marché et de rentabilité, Florent Roina perçoit le rôle de l'artisan comme complémentaire de celui de la production de masse. «Le défi des artisans sera de produire sur demande soit des prestations, soit des objets uniques pouvant satisfaire les besoins spécifiques de ceux et celles qui ne trouvent pas, dans la production en série, les qualités recherchées». Les artisans ont en effet un rôle majeur à jouer dans la création et aucune industrie ne pourra les remplacer. Florent Roina serait-il un visionnaire ?



«Je travaille pour les particuliers mais aussi pour la haute couture, les créateurs, les façonniers, le clergé, l’armée, la Garde républicaine, le cinéma...». Dernièrement il a réalisé les boutonnières d’une chemise à huit manches : «deux manches pour les bras, deux pour les jambes, deux en guise de ceinture et deux en guise d’écharpe.Ah ces créateurs !», lance-t-il avec un large sourire. Il a recouvert un perfecto de 2 400 clous pour un client célèbre dont il tait le nom. La discrétion fait partie de ce métier précieux. Précieux, c’est le mot quand on sait que cet «orfèvre» peut immédiatement rectifier une boutonnière mal faite sur une veste vendue la bagatelle de 15 000 € dans le triangle d’or parisien de la haute couture. «J’ai la réputation d’être un magicien». Ce magicien a aussi fixé des rondelles de métal sur des casques de soldat pour un film récent. On peut affirmer que cet artisan a le sens de la diversification : «Indispensable si on ne veut pas disparaître».

ENTRE LE CISEAU ET LA PLUME

Penché à 90° sur son antique machine, Florent entaille. Il joue avec virtuosité de ses ciseaux. Le geste est sûr. Il fait partie de ces artisans qui ont une passion commune, celle de la belle ouvrage. Créatifs, ils perpétuent les savoirfaire traditionnels,tout en s'adaptant aux innovations de la mode. C'est de cette passion que sort toute la production réalisée selon des techniques immuables depuis des décennies. Au fil des ans, l’atelier Roina a élargi son offre avec près d’une dizaine de prestations : boutonnières simples ou brodées, piqué bord point sellier, point puce, oeillets simples ou brodés, anneaux de rideaux, boutons recouverts, pose de pression, cloutage, broderies d’initiales... Pour l’aider, sa fidèle collaboratrice Marcelle, 58 ans, ancienne fabricante de sacs. «Deux c’est suffisant pour le moment, bien que mon activité ne soit pas saisonnière. J’ai du travail toute l’année. Je ferme mon atelier un mois, en août».

Ce jeune boutonniériste ne se contente pas d’être un artisan un peu magicien, en plus il versifie et il écrit. «Tout petit, j’avais la plume facile. Je lisais beaucoup sans tout comprendre. J’écrivais des poésies qui ne voulaient rien dire comme des tableaux abstraits. Aujourd’hui, mes poèmes sont remarqués». Le poète, distingué deux fois au concours de la RATP dans la catégorie les 100 plus beaux poèmes de la décennie, a eu le plaisir de voir cet étonnant quatrain affiché partout dans le métro : «J’allais oublier / L’éphémère beauté / De compter jusqu’à un / Pour celui qui n’a rien». Lorsqu’il rentre chez lui le soir, il continue a noircir des pages blanches. Mais il ne se voit pas écrivain à temps complet : «il faut que je sois dans la vie».

Florent Roina croit beaucoup en l'attrait des métiers traditionnels comme celui qu’il exerce. Une activité symbolisant le retour aux sources et qui rencontre la faveur du public. «Mes nombreux clients sont fidèles à 95%».Audelà de son travail et de l’écriture, Florent Roina a une autre marotte, sa famille. S'il peut manquer de temps pour mener tous ses projets à terme, quoiqu’il arrive, il quitte l’atelier à 18 h. «Je refuse de faire des heures impossibles. Je veux profiter de mon épouse et de notre enfant». Il peut prendre un peu de repos, son savoir-faire est unique en France et les clients qui franchissent le seuil de sa porte lui disent : «Chez vous, on est bien». L’artisan-poète est étonné lorsqu’on lui demande son chiffre d’affaires. «Je ne m’en rappelle plus, j’étais en train d’imaginer un nouveau poème», indique ce personnage rayonnant.



NOM : Atelier Roina.
DATE D’OUVERTURE : 1970. Repris en 1995. PARTICULARITE : seul artisan boutonniériste de l’Hexagone.
SALARIE : 1
JOURS ET HEURES D’OUVERTURE : du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 h.
QUELQUES PRIX : à partir de 2 € la pièce. Exemple : 3 800 € pour poser deux milliers de clous sur un vêtement."


L'original de cet article est disponible ici.

-


jeudi 26 mars 2009

Charvet, une chemise qui se hausse du col

copyright © Figaro


Article publié le 06/08/2007 dans Le Figaro - par Jérôme Hanove - visible également ici.



La maison Charvet propose jusqu’à 7 000 étoffes exclusives.

copyright © Figaro




Présentés sous cadres, quelques propositions de cols guident le client dans le champ incalculable des possibilités.

copyright © Figaro




-


lundi 9 mars 2009

Ils taillent les costards des politiques

Article publié le 08/11/2007 dans Le Point du N°1834 - par Violaine de Montclos - visible ici.

"A Sèvres-Babylone, la maison Arnys est le tailleur favori des beautiful people de la Rive gauche, intellectuels, hommes de télé et, surtout, politiques de droite comme de gauche. Portrait croisé des frères Grimbert qui règnent sur cette adresse de l'élégance.

« Il arrive ! » Boutique Arnys, Saint-Germain-des-Prés, mardi 11 septembre. Un employé du magasin grimpe au premier étage, traverse les salons d'essayage. « Son secrétariat vient d'appeler : on ne doit pas lui parler politique. Il demande à être seul dans les salons. » Les frères Grimbert se lèvent sans précipitation. Ils sont propriétaires des lieux et le président de la République s'annoncerait en personne qu'ils n'en seraient pas autrement troublés. C'est le Premier ministre qui monte l'escalier. Air sombre. Visiblement pas à la fête. La presse du jour glose à n'en plus finir sur l'agacement que sa bourde vénielle provoque à l'Elysée. « On n'allait pas l'ennuyer avec ça », murmure Michel. Ces messieurs connaissent leur métier. Ils savent que pour l'homme de pouvoir une parenthèse enchantée s'ouvre ici, dans ces salons d'essayage de bois blond où rien au monde n'est plus grave que le tombé d'un revers ou que la souplesse d'une couture. Fillon, en ce mardi crispé, va goûter quelques minutes de frivolité. Il doit à Arnys, depuis longtemps, la rondeur caractéristique des épaules de ses costumes. « Des épaules naturelles qui collent au personnage », disent les frères d'une seule voix.

Ils ont la même barbiche, les mêmes moustaches en pointe, anachroniques à souhait. Ils accusent tous les deux un ventre un peu replet. L'un porte des lorgnons, l'autre des lunettes rondes. Un couple balzacien. Presque un duo d'acteurs. Michel veille à l'essayage du chef du gouvernement. Jean observe la rue de la fenêtre du premier étage. Sèvres-Babylone : le triangle d'or de la rive gauche, le coeur absolu d'un certain Paris du pouvoir, de l'intelligentsia et des vanités hexagonales. Maître Kiejman passe sur le trottoir d'en face. « Un client », dit Jean. Tout, presque tout ce que la capitale compte de personnages influents, avocats, entrepreneurs, éditeurs, personnalités du monde politique ou des médias, a défilé dans le plus simple appareil sous les yeux des deux frères. Quarante ans à observer l'homme public dans l'intimité de son souci de paraître. Clin d'oeil du destin : Michel était autrefois étudiant en histoire, Jean en psychologie. La suite n'était pas prévue. S'ils sont entrés dans la carrière, c'est que leur père, Léon Grimbert, leur confia du jour au lendemain les clés de la maison avant d'être emporté par la maladie. Il était devenu tailleur, lui aussi, un peu par accident.

Dans les années 30, Jankel Grimbert, le grand-père, un juif immigré de Russie, est tailleur sur la rive droite. Ses fils, Léon et Albert, font des études supérieures. Mais un accident de santé oblige Léon à interrompre sa médecine. Il faut dès lors lui assurer un avenir : on lui achète un magasin. Ce sera rive gauche. Là où les deux frères ont déjà leurs relations étudiantes, leurs amitiés germanopratines. Les Grimbert traversent la Seine. Arnys sera la première boutique de vêtements de ce coin de Paris jusqu'ici dévolu aux choses de l'art et de l'esprit. Après la guerre, Léon et Albert habillent Prévert, Hemingway, Le Corbusier. Et pour ce monde-là, ils inventent un style. Des matières nobles, du cousu main, mais des formes et des couleurs qui révèlent, parfois par d'infimes détails, qu'un homme à l'esprit large se cache sous ces vêtements bourgeois. Et qu'il tient à le faire savoir. Du sur-mesure de gauche, en somme. Michel et Jean admettent. « Mais aujourd'hui, nous habillons vraiment tous les bords politiques. »

Après la mort prématurée d'Albert et celle de leur père, Léon, ils ont repris l'îlot de la rue de Sèvres et y prêchent depuis quarante ans leur philosophie personnelle du vêtement masculin : lignes floues à la Barry Lyndon, manches kimono, souplesse des coupes. « Le XVIIIe m'inspire, parce qu'il est encore libre, explique Jean. C'est avec l'Empire que les lignes du vêtement d'homme deviennent rigides, cassantes. Le genre corseté, garde du corps, épaules carrées, je ne peux pas supporter. C'est bon pour les pays émergents, les nouveaux riches qui ont quelque chose à prouver. » Il caresse amoureusement une cravate. « Regardez, elle est vivante. » Déplie un pantalon de velours côtelé à l'étonnante couleur violine. « Vous voyez le tableau "Le joueur de fifre" ? Je me suis inspiré du pantalon du personnage. » Entre ses doigts glisse le bouton d'une veste, semblable à ceux, paraît-il, des uniformes austro-hongrois.

« La règle du jeu ». Le prêt-à-porter est au rez-de-chaussée. L'étage est dévolu au sur-mesure. Dans l'atelier de coupe, un dessin est épinglé au mur. Une veste de chasse ahurissante, cintrée, bouffante, commandée par un milliardaire russe. « Je l'ai dessinée en songeant au film de Renoir, "La règle du jeu". » Tout ce qui s'invente et se découpe ici, boutonnières, imprimés, emmanchures, est nourri de références picturales, littéraires, cinématographiques. Le vêtement, chez Arnys, est cultivé. Et puis il y a les doublures, de cachemire et de soie. Ultraluxueuses mais de couleur vive, et presque toujours tricolores. Comme un signe de reconnaissance. Ce souci, encore, de s'affranchir, fût-ce par un détail dérisoire, des canons du vêtement bourgeois.

« Lorsque l'on s'habille chez Arnys, on reconnaît ses semblables au premier coup d'oeil », s'amuse l'écrivain et critique littéraire Angelo Rinaldi. « Et c'est généralement bon signe : un homme qui va chez les frères Grimbert ne peut pas être un cas tout à fait désespéré. » Le romancier se drape depuis vingt ans dans un imperméable couleur « feuille morte » de la maison. Il vient de temps à autre acheter des boutons de manchette, habiller « ses misères », comme il dit, d'une écharpe ou d'un accessoire. Il vient surtout goûter, en ami, la conversation des deux frères, « admirablement cultivés, informés », dit-il. Amoureux de la veste Forestière, dessinée pour Le Corbusier, l'homme de télévision Serge Moati en possède vingt-deux différentes, et avoue une passion pour l'inénarrable duo Grimbert. « Jamais serviles, vraiment gentils, informés de tout. Arnys est beaucoup plus qu'un magasin, c'est un club. Il m'arrive souvent de croiser dans les salons d'essayage les invités qui seront, quelques heures plus tard, sur mon plateau de "Ripostes" ».

Petit monde. Milieu minuscule dont les deux frères, bien qu'ils s'en défendent, semblent observer les vanités avec un amusement sans bornes. Michel raconte en taisant leurs noms ces deux entrepreneurs français, riches à millions, se poursuivant dans les rayons sous les yeux des employés sidérés. « Chacun essayait d'observer à la dérobée ce que l'autre choisissait. Leur petit manège crevait les yeux. Pour des hommes de cet âge, c'était stupéfiant. » Il raconte encore ce monsieur connu réclamant qu'on lui octroie le grand salon d'essayage. « Un homme également célèbre, mais qu'il jugeait de moindre importance, était en train de s'y changer. Je lui ai conseillé de conserver le petit salon. Il m'a rétorqué : "Si vous refusez de faire l'échange, je ne remets plus les pieds chez vous." Il a quitté les lieux. »

Splendeurs et misères de l'orgueilleux qui tient à laisser sa trace : comment ressembler à ceux que l'on envie tout en s'en distinguant, et quel vêtement, enfin, vous garantit un destin à votre mesure ? Lorsque François Mitterrand se livra au Panthéon à la surprenante mise en scène à la rose, censée le faire entrer dans l'Histoire, il était vêtu d'un costume Arnys. Mais il était client bien avant d'être président. Michel se souvient de l'avoir vu longuement hésiter, alors qu'il était encore député, entre plusieurs chapeaux de feutre. « Je lui ai appris que le modèle à large bord était celui que portait Léon Blum. Il l'a aussitôt emporté. » Et puis cette scène, quelques années plus tard : Mitterrand occupe cette fois le poste suprême. Michel assiste à l'essayage d'un client. C'est un journaliste, violemment mitterrandophobe. « Tout en enfilant son costume, il agonit d'injures le président. Il me dit : "Cette vieille salope de Mitterrand, crois-moi, si je le croise un jour dans ton magasin, je détourne la tête, je ne le salue pas." » Les portes du salon s'ouvrent. Mitterrand est là, en personne. Le journaliste plonge en avant : « Bonjour, monsieur le Président ». Une véritable prosternation. « Le plus drôle, raconte Michel, qui en rit encore, c'est que le journaliste m'a ensuite pris à part : "Tu sais, je l'ai fait pour ne pas te causer d'ennuis ."»

Derrière les portes de leurs confortables cabines, les frères Grimbert observent l'envers de ce régime qui s'habille à grands frais. Ils ont une tendresse amusée pour les jeunes loups qui tâtent pour la première fois du pouvoir, et qui, dans le secret des salons d'essayage, leur ont souvent avoué leur éblouissement. « Les petits nouveaux découvrent les mille et un avantages, les facilités insoupçonnées que procure en France le pouvoir politique », s'amuse Michel, qui en explique les codes : oui, il y a dans leur boutique la ligne qui convient à l'opposition et celle qui sied à la majorité. « Etre dans l'opposition autorise quelques originalités, pourquoi pas les couleurs. Mais gouverner impose la discrétion, la grisaille : le vêtement ne doit en aucun cas prendre le dessus sur l'homme. Balladur l'a appris à ses dépens. »

6 000 euros le costume. A mesure que leurs langues se délient, les frères se font des signes inquiets : ne pas divulguer tel nom, telle anecdote qui brûle les lèvres. On songe à l'apprenti espion décrit par John le Carré dans « Le tailleur de Panama ». Ils n'ont pas l'imprudence du personnage. Depuis l'affaire des Berluti de Dumas - un smic à chaque pied -, les serviteurs de l'Etat n'aiment guère afficher leurs goûts de luxe et leurs tailleurs se doivent d'être discrets. Or Arnys vend du luxe, sans aucun doute possible. Certains accessoires restent accessibles au commun des mortels, mais l'essentiel de ce qui se vend ici est inabordable. 480 euros la chemise imprimée en prêt-à-porter. 6 000 euros le costume sur-mesure. « C'est le prix de la qualité. » Les frères haussent les épaules, l'air de dire « ainsi va notre étonnante République ». D'ailleurs, un souvenir leur revient. Dans les années 80, Pierre Joxe, alors ministre de l'Intérieur, est de leurs clients. Rendez-vous est pris pour un essayage, mais l'arrivée du ministre, qui bénéficie d'une étroite protection contre les menaces terroristes, provoque rue de Sèvres un indescriptible désordre. Cordon de sécurité. Passants priés de gagner le trottoir d'en face. Tout ce cirque pour l'ourlet d'un simple représentant du peuple : un habitant du quartier, furieux, se cramponne à l'entrée de la boutique. D'une voix forte, il interpelle le perturbateur : « Monsieur le ministre ! » Joxe tourne la tête. Et reçoit en pleine face cette petite morale du pouvoir : « Aujourd'hui tu t'habilles peut-être chez Arnys. Demain, crois-moi, tu iras chez Tati ! »"

vendredi 20 février 2009

A taille humaine

Reportage du Maître Tailleur Brahim Bouloujour dans le magazine Clichy Mag de Décembre 2008 Janvier 2009, visible sur ce lien et ci-dessous :

copyright © Clichy Mag

Cliquez sur le document pour l'agrandir !

copyright © Clichy Mag

Cliquez sur le document pour l'agrandir !

-


mardi 17 février 2009

vendredi 13 février 2009

Ferdinando Caraceni, tailleur du Tout-Milan

Article paru dans le quotidien Le Monde le 25 septembre 1997, visible sur le site du tailleur milanais Caracini :

copyright © Caracini

-